Problèmes de pandémie : tolérance à l’humeur et à l’ennui

L’isolement joue le rôle principal dans cette pandémie. La quarantaine nous expose constamment, comme une vitrine de supermarché où chacun de nos traits devient visible.

D’abord, parce que la plupart d’entre nous vivons 24 heures sur 24 avec d’autres personnes. Notre observation se concentre sur des détails qui disparaissent normalement dans le rythme quotidien du travail.

Ensuite, vivre ensemble et rester enfermé intensifie nos réactions, nos interactions, nos pensées et nos émotions. Nos caractéristiques s’amplifient. C’est une question de quantité et d’intensité.

Femme regardant par la fenêtre

La triade émotionnelle de l’enfermement

Derrière cette pandémie et la quarantaine qui s’ensuit, il y a une triade émotionnelle bien précise : la peur, l’anxiété et la détresse.

Ces émotions se renforcent mutuellement. Plusieurs mécanismes les amplifient. La peur de la contagion et de la mort crée de la détresse et de l’anxiété. L’incertitude sur la fin de cette période génère aussi de l’anxiété, qui nourrit la peur.

La surinformation et les fausses nouvelles amplifient cette incertitude, relançant le cycle de cette triade destructrice.

Précisons que l’anxiété, la peur et la détresse sont des émotions tout à fait justifiées dans cette période. On peut seulement réduire leur intensité, pas les faire disparaître.

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Au début de la quarantaine, les spécialistes nous proposaient des activités pour gérer cette crise. Ces conseils visaient à réduire l’incertitude et l’anxiété, tout en nous détournant de ces préoccupations. Les premières semaines ont ressemblé à des congés familiaux à la maison. Lecture, exercice, cuisine, films, jeux, appels aux amis.

Après des semaines, l’humeur et l’ennui

Ce qui était une surprise et un projet pour occuper le temps s’est transformé en quelque chose de différent. L’ennui reprend peu à peu du terrain. Et le poids économique s’ajoute au malaise.

Ceux qui vivent en famille avec des enfants à l’école en ligne découvrent les complications de l’e-learning, les nouveaux programmes et l’improvisation générale.

Les entreprises demandent des résultats en télétravail. Les séances de gym à la maison épuisent. Les livres manquent. Les séries sont vues. Les distractions s’usent et notre triade émotionnelle réapparaît.

Arrivent alors la mauvaise humeur, le malaise, l’ennui, la fatigue. Des signes visibles : des visages fermés, de la colère, du mécontentement. Qu’y a-t-il vraiment derrière cette grogne ?

Ce sont les émotions qu’on voulait éviter qui remontent à la surface. On ne les exprime pas directement. On ne dit pas « j’ai peur ». On ne traduit pas l’anxiété en mots. On ne montre pas son angoisse.

La grincheuse de l’isolement

Comme les enfants qui cachent leur mal-être derrière de la protestation, de la tristesse ou de la colère, nous faisons pareil.

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L’angoisse s’exprime de plusieurs façons. La colère. Le malaise. Des contractures, des douleurs au ventre, des maux de tête.

On n’aime pas pleurer non plus, même si c’est une manière directe d’exprimer l’angoisse. On pense que c’est un signe de faiblesse. Alors on canalise cette angoisse par d’autres moyens.

La mauvaise humeur mène à l’intolérance. Le manque de patience envers les autres nous rend critiques. Chaque détail, chaque réaction devient un déclencheur. Et les disputes deviennent un moyen de libérer la tension qui nous pèse.

Parfois, la lutte est recherchée comme un moyen de soulager la tension et l’anxiété.

Plus le temps passe, plus la mauvaise humeur s’accentue. Le contexte reste identique, mais la nouveauté s’estompe.

Quand on s’ennuie…

L’ennui, c’est ce sentiment agaçant qui naît du manque d’intérêt, de plaisir ou de surprise. C’est un état émotionnel pénible quand rien ne nous satisfait.

Une personne qui s’ennuie perd sa concentration. Elle ne trouve rien ni personne pour la motiver. Elle devient irritable, sensible à la moindre remarque.

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La combinaison mauvaise humeur, malaise et ennui est un vrai mélange explosif.

Pour ceux qui vivaient d’hyperactivité professionnelle avant, la quarantaine a été un bouleversement majeur. Ils occupent maintenant les premiers rangs de l’ennui et de la mauvaise humeur.

Cette combinaison fait partie du stress moderne. On stresse non seulement quand on est suractivé ou surchargé de travail, mais aussi quand on ne fait rien et qu’on s’ennuie. Pourtant, on oublie qu’ennui et mauvaise humeur sont normaux en quarantaine.

Une femme en colère

Que pouvons-nous faire ?

Comment affronter ces sensations qui s’imposent à nous ? D’abord, comprendre que c’est un processus naturel. Être bienveillant envers soi-même et les autres. Savoir que se sentir mal est rassurant, en quelque sorte, puisque c’est normal. Accepter l’ennui, c’est refuser la mauvaise humeur.

Parler de son angoisse est aussi essentiel. La peur et l’anxiété méritent d’être confiées à quelqu’un. Pas forcément au partenaire. Un ami ou quelqu’un en qui on a confiance peut suffire.

Enfin, ce moment est une opportunité d’apprentissage. Et pour apprendre, il faut communiquer, exprimer, parler. C’est une ressource précieuse à notre portée.

Et si on transformait l’ennui en réflexion ? Si on en profitait pour penser à la vie qu’on veut vraiment ? Pour identifier ce qu’on veut changer, les gens avec qui on veut du temps et se rappeler que tout dépend de nous ?